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Critique : La Parade

18 Jan

Un défilé de clichés guillerets

C’est vierge de tout à priori qu’en cette troisième semaine de mois de janvier quelque peu frisquet, j’ai poussé la porte d’un cinéma pour y découvrir La Parade, fraichement sorti en salles. C’était l’occasion rêvée pour à la fois voir mon premier film serbe et en savoir plus sur la condition homosexuelle. Et, je l’avoue, peut-être un peu pour me réchauffer aussi.

paradeLe film débute de manière assez institutionnelle, avec une suite de définitions affichées à l’écran : « tchetnik », « oustachi », « shqiptar » et « pédé » constitueront  en effet un champ lexical récurrent tout au long du film. Dès lors, on sent une certaine démagogie à venir, une volonté de dénoncer plus forte que celle de montrer une histoire, quitte à se faire trop présente.

Puis, très vite, on admet notre erreur. La Parade présente des portraits croisés, des destins entremêlés de personnages burlesques mais sincères, extravagants mais plausibles et presque émouvants, dans une Europe de l’Est divisée. Divisée par les guerres du passé d’une ex-Yougoslavie dévastée tant matériellement que moralement, et divisée par les diversités, silencieuses ou non, qui font l’objet de sobriquets et violences incessantes. Parmi les minorités qui font la diversité de la Serbie et de ses voisins, on compte la communauté homosexuelle, représentée par le couple de personnages de Mirko et Radmilo. Ces derniers sont très touchants, chacun dans leur rôle, mais nous rappellent excessivement les clichés du gay efféminé. Le premier, artiste, exerce malgré lui le métier d’organisateur de mariage alors qu’il ne rêve que d’une chose, planifier le sien. Le second quant à lui, est représenté en fillette incapable de se montrer brave face au premier obstacle venu. Le réalisateur y ajoute une touche supplémentaire en incluant une référence à La cage aux folles et son petit doigt en l’air pour boire, ainsi que le stéréotype de la voiture rose bonbon, couleur soi-disant préférée des gays.voiture rose

Attention, les hétéros ne sont pas en reste pour autant. Tantôt beaufs, tantôt bêtes comme leurs pieds, les vilains de La Parade, viril mais pas humains pour deux sous, en prennent pour leur grade. Lemon, le personnage principal, est un ancien criminel et désormais prof de judo pas si repenti que ça. Il joue les gros durs, alors qu’au fond… C’est un gros dur. Pas de cœur tendre à l’horizon. La seule forme de communication légitime qu’il reconnaisse, c’est la violence. Jusqu’au jour où il décide de changer. Pour satisfaire sa belle, il accepte de protéger le cortège de la gay-pride organisée par le couple sus-nommé (et quel cortège : à peine une poignée de militants !). Pour l’aider dans sa mission, il fait appel à ses vieux amis de guerre, respectivement bosniaque, croate, albanais et musulman. Avec eux, c’est désormais une franche guerre amicale qui se poursuit. Ils se sont affrontés dans les années 90, chacun dans son camp, et apprennent maintenant à combattre leurs peurs de l’autre, en l’occurrence des homosexuels, en démontant à l’écran les stéréotypes populaires un à un.

Si ce film réussit une mission, c’est bien celle de faire rire aux éclats pendant près d’une heure quarante, tout en nous faisant culpabiliser de s’amuser d’une situation devenue insupportable, à présent intolérable pour les dits « pédés » en Serbie. Le dernier quart d’heure nous ramène d’ailleurs à cette réalité désolante, aux travers d’évènements tragiques et plus qu’inattendus.

Pris par surprise, le spectateur se retrouve choqué et impliqué dans les histoires des personnages, devenus amis malgré leurs différences pas si fondamentales que ça. Car après tout, hétéro ou homo, « on se ressemble », lance l’un des héros gay à son camarade anciennement homophobe. Et on a tous un père avec qui on s’entend à merveille, ou pas, comme le montre si bien Srdan Dragojevic en abordant le thème sous-jacent de la filiation tout au long de son film.

Finalement, il faut voir La Parade comme un appel à la solidarité plutôt que l’affrontement permanent, et un hymne à l’Amour avec un grand A, sous toutes ses formes sans différenciation. L’amour entre un homme, une femme, deux hommes ou deux femmes, des enfants pour leurs parents, des parents pour leurs enfants, et d’un ami pour son ami. Tant que la sincérité prime, qui sommes-nous pour juger de la noblesse d’un amour ?

Pour en savoir plus, vous pouvez également télécharger le dossier de presse complet du film, produit et distribué en France par Sophie Dulac Distribution, en cliquant ICI.

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