ENTRETIEN AVEC UNE SPECTATRICE DE « LA PARADE » : Elena, trentenaire.

18 Jan

Afin de connaitre ses préjugés sur le film La Parade et ressentis, nous avons interrogé une spectatrice avant le film…

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… Puis après le film.

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Vous pouvez également lire ce résumé de l’interview, soigneusement raccourcie pour rester fidèle à ses opinions.

Qu’aviez-vous entendu au sujet de ce film ?

Absolument rien, j’ai juste vu l’affiche qui m’a donné envie de voir le film, en fait. Pas même la bande annonce. Mais le sujet de l’homophobie m’intéresse.

Vous savez que c’est un film serbe ? Connaissez-vous le cinéma serbe ou d’autres films ?

Oui. Je n’ai pas vu le film précédent du réalisateur, et je n’ai jamais vu de film serbe. C’est vraiment par curiosité que je viens voir celui-ci.

Personnellement, est-ce que vous vous considérez comme une cinéphile ou une connaisseuse ? Vous allez souvent au cinéma ?

 J’aime aller au cinéma, c’est un petit peu différent, je ne suis pas une spécialiste même si j’y vais beaucoup.

Que pensez-vous de la sortie de ce film pendant la polémique du mariage pour tous ?

Je pense que ça tombe très bien parce que les manifestations qui ont eu lieu dernièrement me choquent. Normalement on manifeste quand un droit nous est retiré, or là les uns manifestent pour empêcher les autres d’avoir le même qu’eux, alors que ça ne leur retire rien. Je me sens donc assez concernée par ce problème de société.

Vous êtes-vous impliquée dans les dernières manifestations ?

Je n’ai pas manifesté mais je compte aller à la manifestation de soutien qui a lieu à la fin du mois. Celle de dimanche m’a énervée.

Qu’attendez-vous de ce film ? Vous pensez qu’il va avoir un impact sur vous ?

Non, cela ne va avoir aucun impact parce que je suis convaincue. Mais le sujet m’intéresse donc ça va que me conforter dans mon idée de toutes façons. Dans les pays de l’est, il y a beaucoup de problèmes d’homophobies. C’est un sujet qui me touche, même si moi-même je ne suis pas homosexuelle. Le racisme faisait la même chose. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas concerné directement que l’on ne doit pas agir. Au contraire, c’est un problème de société, je pense que tout le monde doit se mobiliser, pas seulement les gens concernés.

Merci, on se retrouve à la fin du film pour avoir vos impressions ?

Avec plaisir, à tout à l’heure.

Et donc, après le film…

Alors, qu’avez-vous pensez du film ?

J’ai trouvé ça bien avec quelques facilités par ci par là. Parfois, c’est un peu absurde, comme par exemple le passage en Croatie, particulièrement à l’hôtel. Mais ça nous montre les clichés qu’ont les hétéros sur les homos, à savoir que tout homo va forcement leur sauter dessus, ce qui est faux, bien sur. Mais sinon, c’est bien vu. Le discours de celui qui va mourir était sobre, mais véridique. Effectivement, dans ces pays qui ont un passé de conflit ethnique et religieux, l’homo est un peu l’ennemi commun. Il reste la dernière personne que l’on peut stigmatiser sans choquer, finalement. C’est bien trouvé, c’est un film très sympathique avec des petits défauts.

Vous le recommanderiez ?

Oui, je le recommanderais. Surtout pour ceux qui ont besoin d’une piqûre de rappel. Mais malheureusement, je ne crois pas…

Ils ne vont pas être les premiers à se jeter dessus ?

Oui voilà c’est le problème. Et je pense que malheureusement  il faut encore du temps et que ce n’est pas un film qui va changer les choses. Certains sont totalement incapables de changer d’avis. C’est comme l’antisémitisme, la shoah, certains nient, disent que finalement c’était bien fait… Mais ces films-là sont importants malgré tout. Et comme celui-là se passe dans un pays de l’est où l’homophobie est encore très présente, c’est bien vu.

Si vous deviez décrire le film en trois mots ?

Je dirais que c’est un film qui n’est pas consensuel. Il traite avec humour d’un sujet grave. Tout le monde en prend pour son grade, je pense que c’est plutôt bien vu. Je le recommanderais.

Cela vous donne envie de voir d’autres films serbes ? du même réalisateur, par exemple ?

Oui, j’aime bien voir des films de pays différents et notamment des pays de l’est.

Et du coup est ce que le film a eu d’impact sur votre avis personnel ?

Non. Pour moi c’est évident que l’homophobie est un des derniers grands combats de l’occident à mener. Et encore, à paris nous sommes dans un lieu « protégé », ce n’est pas le cas en province. Beaucoup d’enfants ou de jeunes se retrouvent à la rue car leurs parents n’acceptent pas. Ca reste un sujet tabou, même à l’école on n’en parle pas vraiment. Il faut soit disant ménager la sensibilité. Moi je ne suis pas pour, je ne vois pas ce qu’il y a à ménager dedans. Je suis moi-même professeur d’anglais au lycée donc je sais comment ça se passe. Je n’hésite pas à rappeler à mes élèves la loi.

Justement comme vous êtes enseignante, vous savez qu’en Serbie, il y a des enseignants qui ont essayé de diffuser ce film à leurs élèves et les collectifs se sont ligués contre eux. Et coup, est ce que vous pensez qu’en France, ça serait une bonne idée de diffuser ce genre de film ?

Oui, oui bien sur. Pour moi, on n’a pas à polémiquer sur l’homophobie. On a le droit d’en parler parce qu’on peut parler de racisme, d’antisémitisme, d’un problème de société. Moi je pense que l’on doit parler du mariage gay mais on est pas la, ni pour faire la promotion, ni pour le contraire… Mais on peut débattre, comme je l’ai fait avec mes élèves de terminale.

Et en tant qu’enseignante, qu’avez-vous pensez du fait que beaucoup de jeunes soient venus manifester ?

C’est une certaine jeunesse qui est venue manifester. Une jeunesse catholique je crois. Ils mélangent le mariage civil et religieux. Le problème c’est que les associations homos ont voulu tout mélanger à savoir : le mariage, la PMA pour laquelle moi je suis beaucoup plus partagée (aussi bien pour les homos que pour les hétéros). Et donc ils se sont engouffrés dans la brèche.

Merci beaucoup pour ces quelques minutes que vous nous avez accordées !

Et vous, avez-vous vu La Parade ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ; avez-vous été déçu ou au contraire conforté dans vos idées ? Votre avis nous intéresse !

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La Parade des récompenses

18 Jan

Fort de son talent, le réalisateur Srdjan Dragojevic a été nommé et récompensé pour son film La Parade dans plusieurs festivals européens en 2012 : Arras, Montpellier et Berlin.

Une reconnaissance internationale

berlinRéputée pour sa compétitivité, la Berlinale fait partie des trois cérémonies majeures de cinéma avec Cannes et Venise. Constituée de plusieurs sections, on retrouve La Parade nommé pour le prix Panorama. Ce programme a la particularité de réunir les nouveaux films de réalisateurs de renom, des premiers films, ou encore des découvertes. Cette nomination est donc un véritable atout et tremplin pour un réalisateur tel que Sdrjan Dragojevic, qui s’attaque dans sa dernière œuvre à un problème de taille : l’homophobie. La Parade a reçu une double récompense en recevant le prix du public et le prix Teddy Bear du public, qui prime le meilleur film à thématique homosexuelle. La production a également obtenu le prix du jury œcuménique.

Coup de cœur français

festivalPour sa 34ème édition, le festival Méditerranéen de Montpellier Cinemed a fait la part belle à La Parade en le nommant dans six catégories, et en lui accordant le prix du public. Le film a également connu un franc succès au festival d’Arras, où il a été nommé dans la section « découvertes européennes ». Cette réussite française et allemande montre bien que le cinéma serbe et notamment Sdrjan Dragojevic, a tenu le pari d’expatriation de ses productions.

Les festivals, quel intérêt pour le cinéma ?

Ces cérémonies sont de véritables moyens de diffusion et de promotion des nouveaux films. On y trouve des invités d’honneur et bon nombre de spectateurs en tous genres, qu’ils soient dans le milieu cinématographique, dans la presse, les médias, etc. Mais on remarque également de plus en plus de jeunes, d’écoles et de cinéphiles lambda qui se prêtent au jeu de la critique. Les productions nommées bénéficient d’une certaine promotion et notoriété par le biais de la renommée des festivals. Et ce phénomène est encore plus vérifiable lorsque le film obtient une récompense, qui lui assure une bonne image et crédibilité. Aujourd’hui en pleine crise, le cinéma ne tire plus vraiment profit des distributions en salles, mais s’appuie de plus en plus sur ces célébrations pour financer les projets et se forger une bonne réputation, auprès d’un public large.

Les grands méchants dans le cinéma

18 Jan

ET SI ON DEVENAIT TOUS GENTIL ?

A l’instar de Lemon, le héros bourru de La Parade, les « méchants » qui s’attendrissent au fil de l’histoire, ça existe ! Mais j’ai tout de même la désagréable sensation que cette « réalité » ne demeure que dans les films. Si la personne qui m’a persécuté pendant l’ensemble de mes années de lycée pouvait lire ce billet (Amanda, j’espère que tu te reconnaitras !), je lui en serais grandement reconnaissante. Je n’aspire pas à changer la face du monde. J’espère seulement adoucir la rancœur qui consume votre cœur. Laissez-moi vous narrer les histoires de 5 héros désagréables qui se sont apaisés avec le temps :AMERICAIN HISTORY X EDWARD

–   Americain History X, je vous présente Derek : nazi pur et dur, du genre crane rasé et croix gammée. Il arrive cependant à combattre son racisme viscéral en devenant ami avec un noir. L’aide apportée par son ami en prison lui apprend à surmonter la barrière de la couleur.

–       Le Plus beau des Combats relate l’histoire de la ségrégation raciale sur fond de match de football américain. A Alexandria, en Virginie, le lycée TC Williams est le premier de l’état à réunir des étudiants blancs et noirs. Mais connaissez-vous le point commun de l’ensemble des hommes américains, quelque soit leur couleurs de peau ? Le football. Ils ne demandent tous qu’à jouer au football ! Il est donc naturel que le capitaine de chaque équipe (noire et blanche, vous me suivez ?) souhaitent chacun prendre le commandement de l’équipe réunifiée. Bertier, le blanc, va même jusqu’à faire de petites vacheries à Julius, le noir. Qui vont finir en baston générale, vous vous en doutez. Mais l’amour du football finit par primer et Bertier va revoir son jugement. A la fin du film, ils se considéreront comme des frères.

–       RalphAvec Les mondes de Ralph, on a la preuve que parfois, dans les dessins animés, les méchants peuvent aussi devenir gentils. Ils le réclament d’ailleurs. Mais les gentils « d’origine », eux, ne sont pas préparés à un tel chamboulement ! Ralph doit prouver que lui aussi peut éprouver des sentiments. Il veut se sentir aimé et apprécié : un combat pour ses droits, qu’il mènera maladroitement en tant qu’ex-brigand, mais qu’il finira évidemment par gagner.

–       L’exemple du vétéran raciste de Gran Torino, Kowalski, qui prononce 18 insultes racistes à la minutes reste encore le plus significatif. Avec lui, tout le monde en prend pour son grade : les chinois, les noirs… Soyons clairs il n’aime pas ce qui n’est pas américain. Et pourtant, au contact de Thao, son voisin asiatique, il laisse enfin parler sa fibre paternelle. A la fin du film (attention, spoilers !), il mourra même, dans l’unique but de protéger une communauté qu’il ne pouvait autrefois pas encadrer.

Nelly–       Je ne pouvais pas finir cette rubrique, décemment, sans citer LA peste de la prairie ! Oui, j’ai nommé Nelly Olson, de la célèbre sérieLa petite maison dans la prairie. Avec ses robes à froufrous et ses bouclettes blondes, elle était la terreur de Walnut Grove. Celle que l’on aimait détester. Malgré tout, grâce à la force de l’amour, elle a changé ! Comme quoi, tout est possible. On l’a retrouvé métamorphosée, serviable et agréable à vivre, après son mariage avec son chéri… Comment, vous l’ignoriez !? Re-visionnez la fin de la série si vous ne me croyez pas, vous avez du manquer un épisode.

Maintenant, à vous de jouer pour faire en sorte que ces fabuleux destins ne se réalisent pas que dans les films (Amanda, ce message s’adresse encore à toi…). Prouvez qu’il n’y que les abrutis qui ne changent pas d’avis.

Critique : La Parade

18 Jan

Un défilé de clichés guillerets

C’est vierge de tout à priori qu’en cette troisième semaine de mois de janvier quelque peu frisquet, j’ai poussé la porte d’un cinéma pour y découvrir La Parade, fraichement sorti en salles. C’était l’occasion rêvée pour à la fois voir mon premier film serbe et en savoir plus sur la condition homosexuelle. Et, je l’avoue, peut-être un peu pour me réchauffer aussi.

paradeLe film débute de manière assez institutionnelle, avec une suite de définitions affichées à l’écran : « tchetnik », « oustachi », « shqiptar » et « pédé » constitueront  en effet un champ lexical récurrent tout au long du film. Dès lors, on sent une certaine démagogie à venir, une volonté de dénoncer plus forte que celle de montrer une histoire, quitte à se faire trop présente.

Puis, très vite, on admet notre erreur. La Parade présente des portraits croisés, des destins entremêlés de personnages burlesques mais sincères, extravagants mais plausibles et presque émouvants, dans une Europe de l’Est divisée. Divisée par les guerres du passé d’une ex-Yougoslavie dévastée tant matériellement que moralement, et divisée par les diversités, silencieuses ou non, qui font l’objet de sobriquets et violences incessantes. Parmi les minorités qui font la diversité de la Serbie et de ses voisins, on compte la communauté homosexuelle, représentée par le couple de personnages de Mirko et Radmilo. Ces derniers sont très touchants, chacun dans leur rôle, mais nous rappellent excessivement les clichés du gay efféminé. Le premier, artiste, exerce malgré lui le métier d’organisateur de mariage alors qu’il ne rêve que d’une chose, planifier le sien. Le second quant à lui, est représenté en fillette incapable de se montrer brave face au premier obstacle venu. Le réalisateur y ajoute une touche supplémentaire en incluant une référence à La cage aux folles et son petit doigt en l’air pour boire, ainsi que le stéréotype de la voiture rose bonbon, couleur soi-disant préférée des gays.voiture rose

Attention, les hétéros ne sont pas en reste pour autant. Tantôt beaufs, tantôt bêtes comme leurs pieds, les vilains de La Parade, viril mais pas humains pour deux sous, en prennent pour leur grade. Lemon, le personnage principal, est un ancien criminel et désormais prof de judo pas si repenti que ça. Il joue les gros durs, alors qu’au fond… C’est un gros dur. Pas de cœur tendre à l’horizon. La seule forme de communication légitime qu’il reconnaisse, c’est la violence. Jusqu’au jour où il décide de changer. Pour satisfaire sa belle, il accepte de protéger le cortège de la gay-pride organisée par le couple sus-nommé (et quel cortège : à peine une poignée de militants !). Pour l’aider dans sa mission, il fait appel à ses vieux amis de guerre, respectivement bosniaque, croate, albanais et musulman. Avec eux, c’est désormais une franche guerre amicale qui se poursuit. Ils se sont affrontés dans les années 90, chacun dans son camp, et apprennent maintenant à combattre leurs peurs de l’autre, en l’occurrence des homosexuels, en démontant à l’écran les stéréotypes populaires un à un.

Si ce film réussit une mission, c’est bien celle de faire rire aux éclats pendant près d’une heure quarante, tout en nous faisant culpabiliser de s’amuser d’une situation devenue insupportable, à présent intolérable pour les dits « pédés » en Serbie. Le dernier quart d’heure nous ramène d’ailleurs à cette réalité désolante, aux travers d’évènements tragiques et plus qu’inattendus.

Pris par surprise, le spectateur se retrouve choqué et impliqué dans les histoires des personnages, devenus amis malgré leurs différences pas si fondamentales que ça. Car après tout, hétéro ou homo, « on se ressemble », lance l’un des héros gay à son camarade anciennement homophobe. Et on a tous un père avec qui on s’entend à merveille, ou pas, comme le montre si bien Srdan Dragojevic en abordant le thème sous-jacent de la filiation tout au long de son film.

Finalement, il faut voir La Parade comme un appel à la solidarité plutôt que l’affrontement permanent, et un hymne à l’Amour avec un grand A, sous toutes ses formes sans différenciation. L’amour entre un homme, une femme, deux hommes ou deux femmes, des enfants pour leurs parents, des parents pour leurs enfants, et d’un ami pour son ami. Tant que la sincérité prime, qui sommes-nous pour juger de la noblesse d’un amour ?

Pour en savoir plus, vous pouvez également télécharger le dossier de presse complet du film, produit et distribué en France par Sophie Dulac Distribution, en cliquant ICI.

Le 16 janvier au cinéma : La Parade

12 Jan

Synopsis :

« En voulant sauver son pitbull chéri et contenter sa fiancée capricieuse, Lemon, parrain des gangsters de Belgrade, se voit obligé d’assurer la sécurité de la première Gay Pride de Serbie. Pour  l’aider dans cette mission impossible, il part à la recherche d’anciens mercenaires. Serbes, musulmans, bosniaques, albanais du Kosovo et combattants croates se retrouvent aux côtés des militants homosexuels. Comment cet équipage hétéroclite, qui n’aurait jamais dû se rencontrer, va-t-il arriver à transcender les frontières et leurs différences ? »

Voir la bande-annonce :